Ci-dessous une compilation des estimés de coûts d'un CD. Plusieurs des références sont tirées de Fisher (Promises to Keep). J'ai ajouté trois autres sources (Rolling Stone, CNN et Bemuso) qui sont possiblement partiellement redondantes. Il faut également faire attention au fait que ces estimés ont été générés à différents points dans le temps (Strauss est probablement le plus ancien. C'est aussi celui qui donne l'estimé le plus élevé aux coûts de production).
Ceci dit, les estimés convergent raisonnablement et permettent de commencer à saisir certains enjeux de la distribution numérique de ces oeuvres. Deux remarques pour le moment.
1) La plupart des sources s'accordent à dire que le montant de royautés versées à l'artiste est trompeur parce qu'il ne tient pas compte de la récupération de la quasi totalité de ces entrées par le label qui se rembourse des frais de production et de tournée. On semble généralement d'accord pour dire qu'un artiste n'empochera des revenus nets que si les ventes dépassent 250 000 copies.
2) deux observations sur les commentaires de Fisher (Promises to keep)
2.1 Curieusement, c'est celui qui indique la proportion la plus forte versée aux artistes. Il remarque que cette proportion est trompeuse mais n'ajuste pas ses chiffres...
2.2 Il procède ensuite à un exercice visant à déterminer le "vrai" coût d'un album, estimant que les coûts de vente au détail peuvent être éliminés, et les coûts de distribution et de production significativement réduits.
L'exercice est intéressant mais il est probablement encore plus important de considérer cette ventilation comme étant une indication des intérêts qui sont en jeu. La technologie numérique affecte, de manière variavle, la capacité des parties prenantes de protéger leurs intérêts.
Par exemple, Wal-Mart se lance dans la distribution numérique de contenus vidéos. Parce qu'il s'agit d'un marché important où l'entreprise a des intérêts économiques à préserver. Si cette entreprise parvient à capturer une part de marché importante, elle devient un incontournable dans une certaine conception de la mise en marché d'un artiste et préserve ainsi sa capacité d'exiger une portion significative de la valeur créée par les artistes et leurs labels. On peut argumenter sur la valeur économique de la contribution du détaillant, mais celui-ci vous dira (souvent avec raison) que ce sont les oeuvres qui sont interchangeables alors que la véritable valeur se trouve dans l'accès au marché.
L'industrie de la musique entre dans une nouvelle phase de convulsions majeures avec le changement de stratégie de Steven Jobs qui prône maintenant l'abolition des DRM. La logique d'affaires des labels est (évidemment) de faire en sorte que le contenu ne soit pas facilement appropriable par les utilisateurs sans le paiement d'un droit. Ce qui suppose des moyens techniques et un support réglementaire appropriés.
Nous savons tous que jusqu'à présent, les moyens techniques étaient faibles, mais suffisants pour permettre à une entreprise comme Apple de convaincre les utilisateurs "ordinaires" de débourser une somme relativement modique en échange de la facilité et de la paix d'esprit (de ne pas avoir exploité le travail d'un artiste). Cette logique s'est heurtée à une analyse différente faite par les législateurs européens qui ont été plus sensibles au fait que la pratique de DRM d'Apple plaçait le consommateur dans une situation délicate, l'empêchant de migrer ses actifs numériques sur une autre plateforme, le rendant ainsi captif mais aussi vulnérable en cas de perte du baladeur par exemple.
Je vais terminer ici parce que mon billet est déjà trop long. Mais encore deux remarques.
1) le Sénat français est passé à deux doigts d'adopter, en décembre 2005, une législation rendant obligatoire la licence universelle (i.e. la musique est dans le domaine public, en retour les consommateurs paient une taxe redistribuée aux producteurs).
2) La migration vers le contenu numérique s'accélère et plusieurs modalités coexistent: streaming (pratiquement toujours gratuit), P2P (inefficient et insoutenable), hors-juridiction (ex: allofMP3.com), légitimes (iStore, eMusic). Je suppose que le point de prix le plus vraisemblable se situe quelque part entre le minimum du streaming/P2P et le maximum des légitimes. Quelque part dans les environs immédiats de ce que pratique allofMP3 (approx 0.30$ la chanson).
|
average |
Fisher |
Rolling Stone |
McKinsey |
Strauss |
Sanderson |
cnn |
bemuso |
| Retail |
32.71% |
38.89% |
29.33% |
28.57% |
35.00% |
30.00% |
36.69% |
30.48% |
| Distribution |
14.99% |
8.33% |
5.63% |
10.00% |
9.00% |
22.00% |
19.67% |
30.32% |
| Marketing |
29.89% |
23.78% |
43.84% |
38.21% |
27.00% |
30.00% |
21.14% |
25.22% |
| Manufacturing |
7.55% |
7.89% |
5.00% |
7.14% |
13.00% |
5.00% |
10.78% |
4.04% |
| Creators |
14.86% |
21.11% |
16.20% |
16.07% |
|